Suicide à Samoëns

by Donna

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about

« Faut qu’on se grouille, la grand-mère va bientôt crever !»

C’est -à peu près- en ces termes que Fred me présenta l’opportunité s’offrant à nous. Je compris immédiatement où elle voulait en venir, la fripouille. Fred, pas la grand-mère.

Fallait effectivement que l’on se bouge le cul. Et pas qu’un peu.

C’était quoi l’occas’ ? Une maison. Quoi d’autre. Un autre endroit pour enregistrer. Depuis l’aventure « Ouzouer », on ne voulait pas faire autrement, devenant vachement exigeants quant à l’endroit susceptible d’accueillir nos gamineries.

Ca se présentait à peu près de la sorte : la grand-mère d’Emilie avait décidé, un beau jour, que la vie la faisait vraiment chier et qu’elle avait assez donné comme ça à s’éreinter la gueule comme tous les autres connards. Elle s’était dit: « Je vais m’en rejoindre mon bon Georges et chanter avec les petits anges harpistes ».

Un putain de carafon, la vieille, car en plus d’avoir toute sa tête, elle pétait la forme. Mais qu’à cela ne tienne ! Quand elle avait décidé quelque chose, rien ne pouvait la faire changer d’avis. Et même si elle en avait encore pour des années à exister, ce n’était pas son bagage cellulaire qui allait lui pourrir ses ambitions morbides. Elle s’alita prestement et ne s’alimenta presque plus. Attendant, pépère.

Et pis la mort ne lui faisait pas peur, elle avait la foi, la cruche. Une certitude sur la vie après la vie qu’elle n’hésitait pas à expliquer à qui voulait l’entendre, y compris son mari, pétrifié de trouille, à l'époque, en sentant sa dernière heure poindre. Elle lui avait dit : «Mais ne t’en fais pas, mon Georges. Le bon Saint-Jean va t’accueillir la haut et te fera la visite du Royaume Céleste». Le mari en avait pissé dans son calbut’ tellement tout cela semblait vraisemblable et rassurant.

Mais de la grand-mère, on n’en avait rien à foutre. C’est plutôt sa résidence secondaire qui nous intéressait. Le seul problème : on n’était pas les seuls sur le coup. Voyez, la vieille possédait un chalet de montagne sur Samoëns. Et de ressortir l’expression déjà utilisée dans la brillante préface pour l’album de Saint-Aygulf : le genre de propriété que tu ne pourras jamais te payer maintenant, même si t’étais virtuose en boursicotage frauduleux en période de crise. Toute la famille était de la partie donc, un bon tas, à surveiller anxieusement la respiration de la bique. Prêts à appeler le Notaire au moindre signe de défaillance, mettre la maison en vente et enfin se payer un décorateur d’intérieur tendance pour refaire leur salon façon art deéo/fengshui. Bref, on avait une fenêtre assez restreinte avant que les avides se déchirent l’héritage.

« Oh, et pis on pourra faire du ski »

Un silence d’au moins 10 minutes s’ensuivit, le temps de digérer cette énormité dégueulasse. Enfin, peut être pas 10 mins, mais je me comprends. Et pourquoi pas faire du trekking tant qu’on y était ?! Le con. J’ai fini par répondre :

« Ouais c’est ça…on verra sur place »

C’était tout vu. Il était hors de question de faire le moindre effort physique, à l’exception bien entendu de ces impondérables que la vie vous balançait vicieusement dans les pattes vous rappelant qu’on était bien loin du paradis peuplé de ces petits anges harpistes virevoltants et fantasmés par des mémés toquées. Je veux bien entendu parler de cette pénible épreuve qu’est la marche forcée allant du parking jusqu’à la porte du restaurant...ah, ah, ah...bon...dans le genre, tirade comique de merde qui tombe comme une bouse. On passe.

Et pas qu’un restaurant d’ailleurs ! Car bouffer, j’y comptais bien. Oh putain que oui ! C’était la seule activité qui trouvait encore un sens à mes yeux. Comprenez ceci, le plaisir de s’enfourner des plats n’avait aucun équivalent. Pas même le cul. Faut dire je n'ai jamais été doué non plus, hein.

Tenez, ça me rappelle cette histoire que l’on m’a rapportée récemment. Vous allez voir, c'est parlant. J’étais tellement bourré lors des faits que je n’en avais plus qu’un brumeux souvenir. C’était sur Cork, j’assistais à un repas de Noël organisé par un pote. Ce dernier, hormis le fait qu’il avait l’alcool mauvais et pouvait vous défoncer la gueule pour un rien, était un virtuose en cuisine. Et pour l’occasion, le repas de Noël donc, il s’était éreinté la carcasse en s’attelant à une entreprise insensée par sa démesure, à savoir deux entrées, deux plats et deux desserts. Inutile de dire que mon attention était entièrement focalisée sur ma fourchette et le prochain morceau à engloutir. Et pas même les textos envoyés à intervalle régulier par ma girlfriend du moment - une blondasse un peu forte mais avec des nichons faramineux - ne pouvait me distraire de mon gavage ô combien volontaire –je m’en déchirais la besace, dites donc-. Mon dédain finit tout de même par exaspérer la grassouillette : elle m’appela. Surpris par tant d’audace, je faillis décrocher, mais me ravisant au dernier moment à la vue des parfaits au chocolat fumant encore que mon brutal d’ami nous rapportait.

A ce moment de l’histoire, qui j’en conviens est vraiment super intense, je me dois de vous préciser que cette irlandaise que j’avais topé sur la piste de danse de mon club préféré - The Savoy- n’avait, pour moi, qu’un rôle fonctionnel, une commodité que toute population mâle a en tête en faisant des sourires bébêtes et en multipliant les attentions à des souillasses aux jupettes étriquées…attention, attention...ca va balancer sévère...celui donc de vide couille. Blam ! Ah ça, sauvage, hein ! Rooooooh ! Façon slameur sexiste à deux balles ? call me MC MICDENLUC (je vous donne 2 minutes max pour trouver la clef de mon ingénieux rébus).

On va jamais y arriver.

Ce n’est qu’une fois le café bu que je consentis à répondre aux appels désespérés de la grosse.

J’ai dis :

« Meet me at my place in ten minutes! » et clac ! Je refermais sèchement le clapet de mon Motorola.

Me levant alors, je lançais à l’assistance :

« Joyeux Noël à tous ! Faut que j’aille fourrer la dinde !» en titubant jusqu’à la porte de sortie.

Provoquant un fou rire chez les garçons et évidemment des regards courroucés de la part des filles. La bonne poilade.

Bon, allez, faites pas cette tête, j’ai peut être un peu romancé l’histoire. Bouffer c’est mieux que baiser. C'est ça, ouais.

Donc la mamie, le chalet et Samoëns…

Nous nous organisâmes prestement pour réserver la maison de la grand-mère d’Emilie. La dernière semaine de février (2003).

Fred loua une Renault Scenic couleur gerbe afin de pouvoir entasser le matos, et zou nous (Emilie, Fred et moi) filâmes sur la route, persuadés que cette fois-ci, mon vieux, c’était la bonne. La gloire !

Seulement, une fois sur place, deux événements majeurs chamboulèrent nos fondements et tourmentèrent nos nuits au point de ne plus trouver le sommeil pour les années à venir.

Le premier fut tragique: la canalisation des chiottes avait gelé. Sur le moment, on s’était regardés avec Fred, paniqués ! Nous imaginant déjà à creuser des

trous dans la neige et chier nos étrons accroupis comme des babouins; au printemps venu des petits monticules à la géométrie gracieuse et parsemés de

papier cul rose émergeant de ça de là. Classe.

« Mais que vous êtes bêtas alors ! Il y a des toilettes chimiques à l’étage ! » nous rassura Emilie.

Effectivement, ce n’était pas la première fois que ce genre de merde arrivait et, par précaution, une cuvette de secours avait été installée.

« Cool ! » que j’ai fait, me précipitant pour les essayer de suite.

Horreur ! Les toilettes étaient simplement isolées par un rideau en toile de jute. On pouvait allégrement vous entendre prouter de la cuisine !

Nous décidâmes aussitôt de mettre en place une procédure à caractère obligatoire: pour toute grosse commission, il convenait de mettre la chaine à donf’ et jouer une bonne musique qui tâche histoire d’entretenir un minimum d’intimité sonore. On était quand même des petits bourgeois avec nos interdits de tafioles.

Notez, le seul problème avec cette discipline était de choisir le bon morceau et il n’était pas rare de nous voir trépigner sur place, contractant notre sphincter avec

force, le temps de sélectionner la chanson en harmonie avec la situation, puis piquer un sprint en hurlant: « Ca va déborder ! »

Le deuxième événement fut comique : Bernard Loiseau, le chef de renom, dont la bonne bouille s’étalait alors sur des barquettes congelées de coq au vin – une vraie réussite -, s’était donné la mort.

Abasourdis, nous apprîmes qu’il s’était tué au fusil. Les raisons du suicide demeuraient incertaines: problème financier, dépression, tension dans son couple… mais l’hypothèse retenue et la plus probable tenait au fait que le Guide

Michelin était en passe de le déclasser, lui retirant une de ses trois étoiles.

Ce suicide nous obsédait; d’abord le regret de ne pas avoir pu apprécier sa cuisine, la coïncidence avec la thématique de l’album que nous enregistrions, la méthode employée (provoquant des débats de haute volée du genre: « Avait il placé le canon du fusil dans la bouche comme un avertissement au monde sur les dangers des aliments transgéniques, l’appauvrissement de la culture culinaire chez les familles françaises et l’essor de l’obésité ? », « le dernier goût en bouche était-il le métal du canon ou la poudre de la cartouche? », « Avait il eu le temps de sentir la chair brûler et de se dire: "merde, un peu trop cuit !" ? »), et surtout le prétexte tellement grotesque et puéril qu’il en devenait génial.

Pas un jour sans faire référence à Bernard Loiseau, il était notre muse, le quatrième membre du groupe, le grand oncle un peu con-con que toute le monde aimait. A chacun de nos repas, nous l’invoquions avec respect: « Bernard n’aurait pas renié ce gigot », « fais attention à la cuisson, Bernard disait que c’était le plus important », « Quel restaurant de merde, Bernard s'en serait arraché les couilles de honte ».

Bernard était notre héros.

Après ses funérailles, la nouvelle tomba : le Guide Michelin lui laissait ses trois étoiles. La compassion. Nous exultâmes :

« Bernard ! Tu as réussi ! Tu conserves tes trois étoiles ! »

Qui a dit que le suicide ne résolvait rien ? Tsss, tssss, On ne devrait pas déprécier la mort aussi rapidement.

Bernard, j’espère que là-haut, tu souris !

Maintenant, ce dont je me souviens de notre séjour à Samoëns:

*

L’excellente cochonnaille et notamment le saucisson aux chèvres dans les boutiques pour touristes.

*

La location de l’appareil à raclette et la queue interminable au boucher. T’aurais cru la guerre.

*

La gueule des pépés à la boulangerie lorsqu’on a acheté deux énormes gâteaux qui auraient justement pu nourrir un village entier en temps de guerre et tout ça sous prétexte que l’on hésitait entre les deux. Bon, ça se veut drôle mais je vois bien que ça patauge… qu’est ce que vous voulez, j’ai pas le talent pour mieux vous décrire la scène. En tous cas, moi, je me marre.

*

Le restaurant pour familles à budget restreint servant l’habituel steak-frites et notre réaction épouvantée lorsqu’on s’en est aperçu (la serveuse nous avait déjà assis à notre table). Ni une ni deux, nous avons prestement quitté les lieux nous jurant de nous fier uniquement aux prix de la carte exposée à l’extérieur.

*

La sauce à l’échalote que Fred touillait pendant une plombe pour un résultat à peine passable. Ca collait sec, sa sauce !

Nous avons enregistré : « Suicide à Samoëns » avec l’intention de faire les chansons les plus courtes possible (une minute et quelque), non pas par défi artistique, mais purement par fainéantise. Ca a plutôt bien marché.

Quant à Bernard, nous avons composé un hommage en pillant allégrement dans Will Oldham et Gérard Manset. Je crois que personne n’a fait mieux que nous à ce jour pour célébrer ce grand homme.

Et r'gardez donc ma gueule boursouflée sur les photos là, heureux que j'étais ! Une putain de loche.

Olivier

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released February 1, 2003

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